Gym : L'heure de la dernière chance !

Interview
Partagez

L'heure de la dernière chance !

Daniel Goury

Du 10 au 18 janvier 2012 Londres accueille le Test event de gymnastique. Après les championnats du monde 2011, cet événement est l’ultime étape pour obtenir les derniers sésames olympiques, un challenge d'ores et déjà relevé par les garçons (Cyril Tommasone, Gaël Da Silva, Danny Rodrigues, Arnaud Willig et Axel Augis), ce mardi 10 janvier !
État des lieux avec le DTN, Daniel Goury.



Pouvez-vous nous faire un point sur les équipes de France et leurs parcours qualificatifs pour Londres ?
La France est une nation située entre la 6ème et la 12ème place mondiale. Aujourd’hui, en gymnastique artistique, les garçons sont ainsi 9ème et les filles 10ème. L’ensemble de GR est pour sa part 10ème. Depuis 2007, toutes les disciplines sont cependant entrées dans un dispositif international de qualification olympique en deux étapes. Dans la configuration précédente, toutes nos disciplines auraient été qualifiées pour Londres, mais aujourd'hui tout est bouleversé et nous ne pouvons pas garantir que cela sera effectivement le cas.

Grégoire Pennes

A l’heure actuelle, Delphine Ledoux (en GR), Grégoire Pennes (en trampoline), Cyril Tommasone (vice-champion du monde 2011 aux arçons) et, désormais, l'équipe masculine de gymnastique artistique sont déjà qualifiés. Cyril n’imaginait pas aller aux Jeux Olympiques sans son équipe. En effet, dans notre sport, la mécanique des concours ne permet pas de décrocher une médaille si l’on n’a pas une équipe derrière, sauf si l’on vient d’un petit pays, un peu aidé. Les équipes de France de gymnastique artistique doivent terminer parmi les 4 premières pour décrocher le quota par équipe. Cela est fait pour les garçons, restent les filles désormais.

Ces Test-events en début d’année sont-ils problématiques ?
La date des Test-events est problématique. C’est très tôt dans l’année. Je n’ai pas d’inquiétude par rapport à la valeur intrinsèque de mes athlètes. En revanche, nous avons tout de même beaucoup de blessés, avec des blessures profondes. Ca ne rassure pas, mais nous sommes sur la dernière ligne droite, les entraîneurs font bien leur job. On a fait Noël et le jour de l’an à l’Insep, mais il faut parfois se fixer des priorités. Nous prendrons nos vacances après, avec je l’espère, de très beaux cadeaux.

Thomas Bouhail

Le blessure de Thomas Bouhail (fracture tibia et péroné) le champion du monde 2010 au saut, vice-champion olympique et double champion d'Europe à cet agrès aurait pu bouleverser la donne...
La blessure a évidemment bouleversé beaucoup de choses car c’est un leader charismatique et qu’il est extrêmement talentueux. C’est à lui d’abord que l’on pense. C’est une personne importante dans l’équipe de par ses qualités et sa personnalité. Maintenant l’équipe de France avait une étape à passer. Elle s’est remobilisée pour réussir ce Test-event. Tous les gymnastes ont essayé de compenser la valeur sportive et compétitive de Thomas. Danny Rodriguez a ainsi été obligé de revenir sur tous les agrès, tout comme Yann Cucherat qui s’est remis sur plusieurs agrès. On aurait dû se qualifier lors des Mondiaux de Tokyo chez les garçons, malheureusement, nous avions raté le coche. C’était de notre faute, on avait loupé la qualification de 6 dixièmes. Moins d’un dixième par athlète, c’était rageant mais c’est comme ça.
Nous avions cependant gardé confiance. Comment peut-on aborder une compétition au cutter sans avoir la confiance ? Nous avons aujourd’hui un énorme potentiel, nous travaillons bien, sommes rigoureux avec nous même. Cela a été douloureux à cause des blessures, mais les garçons sont courageux. On a une équipe de France composée d’athlètes talentueux comme Cyril Tommasone, ou Yann Cucherat mais aussi de gymnastes travailleurs et méthodiques. Le résultat d’une équipe se fait sur un résultat global. Je préfère avoir 5 gymnastes dont personne ne connait l’aspect brillant mais qu’il existe au sein de cette équipe un esprit solidaire. Tout simplement parce que la gymnastique est un sport individuel qui se pratique en équipe… Désormais, on est sur une autre stratégie pour préparer Londres.

Yann Cucherat

Yann Cucherat a fondu en larmes après le dernier passage, celui de Cyril Tommasone au sol. Comment se positionnait le capitaine de l’équipe, par rapport à l’échec des Mondes ?
Il a eu trois fois mal. Il a eu mal en tant que capitaine, car il n’avait pas emmené son équipe jusqu’au bout. Il a eu mal parce qu’il avait effectué 10 semaines de préparation et qu’à 31 ans, 10 semaines de préparation supplémentaires, c’était dur. Et il a eu une troisième fois mal, parce que la cohésion de l’équipe aurait pu se faire dès décembre et que ça n’avait pas marché.

Pauline Morel

Qu’en est-il des filles ?
Le paysage est très différent. Il y a eu une reconstruction de l’équipe et Youna Dufournet revient de blessure. Elle effectuera trois des quatre agrès. Elle est médaillée de bronze au saut de cheval aux championnats du monde de Londres en 2009, c’est une fille à fort potentiel. Elle a un esprit de gagneuse malgré son jeune âge, 18 ans, et elle a déjà vécu beaucoup de choses. Si elle passe en finale, je suis persuadé qu’elle ramènera une médaille. Il faudra cependant être prudents, car son genou est encore douloureux. A nous, staff technique et médical d’être vigilants et de ne pas détruire la santé de la gymnaste. On est des DTN en charge d’une performance mais il faut respecter l’humain et l’athlète avant tout. L’équipe féminine est courageuse, collective, sans réelle leader mais dans une attitude extrêmement positive. Quand vous les voyez en compétition ou en test, elles sont volontaires. Je pense qu’on peut y arriver. Peut-être que ce sera à la 11ème ou 12ème place. Ce ne sera pas une grande équipe de France, mais si l’on revient avec une médaille, tout le monde oubliera tout. Et personnellement, les sourires, l’ambition, la qualité des productions, l’esthétique, tout cela me suffit pour être fière d’elles.

L'ensemble tricolore aux JO 2000

Et pour la GR ?
Delphine Ledoux est donc déjà qualifiée. Concernant l’ensemble, je suis très content car elles ont réussi les championnats du monde à Montpellier. Elles ont prouvé qu’elles avaient une valeur, qu’elles sont capables de résister, malgré les applaudissements, la pression d’un championnat à la maison, et une certaine immaturité sportive… Elles ont surtout pansé la blessure de 2007. Cette année-là, lors des Mondiaux qualificatifs pour Pékin, on avait l’un des plus beaux ensembles mondial. Les filles étaient prêtes, mais deux rubans s’entortillent et on est disqualifié. Ce fut une grande souffrance, beaucoup ont pleuré. C’était tellement violent que lorsque j’ai pris mes fonctions en 2009, j’avais l’impression que les gens revivaient cette blessure indéfiniment. Comme un boulet que l’on traine. Aujourd’hui, nous sommes 9ème nation mondiale. Nous n’avons pas réussi la qualification directe aux Mondiaux, mais nous pouvons y arriver lors du Test-event. Il y a dix places disponibles. Il nous reste une place à grappiller. Si elles préparent bien leurs enchaînements, elles peuvent se qualifier.

Quid enfin du trampoline ?
Marina Murinova est talentueuse. Elle est issue de l'école russe de trampoline, avec laquelle elle a obtenu la médaille aux Championnats d'Europe 2004. Elle fait désormais partie de l'équipe de France avec en tête une qualification pour les Jeux Olympiques pour essayer de rejoindre Grégoire Pennes à Londres.

Yann Cucherat et les Bleus finalement victorieux

Finalement, vous restez globalement positif en vue de ces Test-Events ?
On a toujours été positifs quant à notre capacité à se qualifier. Les conditions dans lesquelles nous sommes sont juste un tout petit peu plus compliquées. Mais ce n’est pas seulement vrai que pour nous. Il y a eu énormément de blessures en Italie, au Brésil ou en Espagne. Le paysage est le même pour tout le monde. Alors tant que la compétition n’est pas faite, on peut tout espérer….

Cela serait inédit pour vos équipes de France ?
Oui, car on aurait qualifié toutes les équipes de France, soit un total de 19 athlètes, ce serait historique, nous n’avons jamais fait cela ! On fera le bilan de tout cela le 20 janvier 2012. Et si on réalise ce scénario, on pourra alors commencer à parler de médailles.

  •  Adidas
  •  EDF
  •  Française des jeux
  •  Tarkett
  •  Bmw
  •  BPCE
  •  Orange
  • Somfy
  •  Allianz