Virginie Dedieu, une femme d'exception

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Virginie Dedieu a effectué un étonnant retour en mars 2007 à Melbourne, pour remporter son 3e titre de championne du monde de natation synchronisée en solo, alors qu’elle avait stoppé sa carrière deux ans plus tôt. Diplômée en architecture d’intérieur et design, la championne d’Aix en Provence a aussi participé en 2007 à une spectaculaire tournée japonaise avec Yumi, star locale de la chanson. Présente à la semaine olympique à Courchevel, elle raconte cette succession d’évènements. Interview.

Dans quelles conditions vous êtes vous arrêtée une première fois ?

Championne du monde à Barcelone en 2003, je songeais à arrêter ma carrière après les Jeux d’Athènes, où j’ai participé à l’épreuve de duo avec Laure Thibaut (nous nous sommes classées 4e) et au ballet. Mais j’avais de nouvelles idées chorégraphiques en solo, je voulais les creuser et j’ai continué un an de plus. Lors des championnats du monde 2005 à Montréal, j’ai proposé quelque chose de totalement nouveau, musicalement aussi puisque je nageais sur du Bjork. Comme j’étais déjà championne du monde, et que c’est ainsi dans ce sport de jugement, j’ai pu me permettre toutes ces innovations. J’ai imposé mes idées et j’ai gagné. Mon but était de devenir double médaillée d’or mondiale, de marquer l’histoire, car personne ne l’avait encore fait. Après ça, j’ai vraiment arrêté.

Qu’avez-vous fait ensuite ?
Déjà, il fallait que je l’emporte à Montréal pour m’arrêter. Je ne suis pas sûre que je l’aurais fait si je m’étais classée 2e. J’ai mûrement réfléchi, mais ce fut dur à annoncer. Après dix années sans une seconde de relâche ! Et puis l’environnement changeait complètement au sein de l’équipe de France, cadres et nageuses. En 2006, j’ai passé mon diplôme de fin d’études en architecture d’intérieur. Mais j’ai quand même disputé les championnats de France pour mon club d’Aix. J’ai tout fait au débotté avec seulement dix séances d’entraînement. J’ai participé au ballet et j’ai improvisé sur le solo. Je me sentais assez forte pour ça. Je me suis fait plaisir. En dehors de ça, je n’ai pas mis les pieds dans l’eau. J’ai un peu entraîné à Aix, j’ai donné des cours de danse. Et puis j’ai reçu une proposition…

Laquelle ?
En septembre 2006, j’ai décidé de participer au spectacle « Shangri La III » avec la vedette de la chanson japonaise, Yumi Matsutoya, plus connue sous le nom de Yumi, aussi populaire au Japon que Johnny Hallyday l’est en France ! Une tournée de quatre mois et de 40 dates à travers l’archipel nippon, programmée en mai 2007. Un spectacle grandiose à préparer…

Mais vous avez aussi décidé de revenir...
Oui. Au même moment, je me suis aperçue qu’au niveau de la compétition internationale en « synchro », il n’y avait rien eu de nouveau depuis mon départ. Et puis j’avais des idées, l’envie d’essayer de nouvelles choses. J’aurais pu les proposer à l’Equipe de France mais cela n’était pas faisable. J’ai failli aller entraîner en Espagne. Je me suis enfin dit « pourquoi pas moi ? ». Ma chance, cela a été que la tournée Shangri La III devait démarrer en mai, alors que les Mondiaux 2007 de Melbourne étaient programmés en mars, au lieu d’être en été comme d’habitude. Si cela avait été le cas, je ne serais jamais revenue à la compétition, je n’y aurais même pas pensé. J’ai mis un bon mois à prendre ma décision. Je ne voulais pas prendre la place d’une autre fille, il me fallait également repartir à Paris, aller à l’INSEP, ce qui n’allait pas dans le sens d’une vie de couple équilibrée. Il fallait s’investir à fond durant 4 ou 5 mois. Mais finalement, que sont quatre mois dans une vie ?

Vous préparez donc les Mondiaux 2007…
Il y a eu un changement de règlement dans la natation synchronisée : décision a été prise d’attribuer deux médailles dans chaque discipline : une pour les « imposées », le programme technique, et une pour le programme libre. J’ai donc pu m’investir totalement sur le libre en laissant une autre Française, Apolline Dreyfuss, disputer le technique. Comme cela, je ne prenais la place de personne… J’ai un peu imposé mes vues à l’encadrement de l’Equipe de France. Ils m’ont écoutée et m’ont fait confiance. J’ai donc pu me préparer durant deux mois, en novembre et décembre 2006, toute seule à Aix. J’ai donc d’abord construit mon solo chez moi, et en janvier, j’ai rejoint l’INSEP. Tout était calculé et chronométré sur quatre mois, il fallait que je sois prête le jour J, que je ne prenne aucun risque pour éviter la blessure. Je n’ai ainsi disputé aucune compétition avant les Mondiaux. S’y rendre sans aucun « test », c’était chaud ! J’ai su le faire car j’avais de l’expérience…

Racontez nous votre troisième titre mondial
A Melbourne, je n’arrivais pas à voir ma principale concurrente russe. Je voulais voir son solo à l’entraînement pour m’étalonner. Cela m’a terriblement angoissée. J’étais morte de fatigue, je n’arrivais pas à récupérer du décalage horaire. J’ai eu très peur. Puis je me suis libérée en me disant que j’avais réussi à aller au bout de mon programme de préparation, que j’avais fait tout ce qui était possible, que je n’aurais pas pu donner plus. Ca m’a rassurée. Le jour de la compétition, je n’ai pensé qu’à me faire plaisir en me rappelant sans cesse les raisons pour lesquelles j’étais là. Dans l’eau, mon solo n’a pas été aussi original que deux ans plus tôt à Montréal. Tout s’est bien passé, j’ai gagné sur ma présence, la classe que j’ai pu mettre dans ma prestation, le charisme aussi. J’avais pour moi le respect du jury et des autres nageuses. La finale, cela a été très dur sur la fin, j’ai juste fait ce que les juges attendaient de moi, je les ai embarqués dans ma chorégraphie. Et voilà. Je n’ai pas explosé de joie à l’annonce du résultat, j’ai juste poussé un grand « ouf » ! J’étais soulagée. Je l’avais fait. Voilà.

Et vous avez enchaîné sur le Japon…
Après les championnats du monde 2007, j’ai commencé à préparer le spectacle Shangri La III. Il portait le nom de The Dream of the Dolphin (le rêve du dauphin) et… j’étais le dauphin ! Le fil rouge du spectacle. Mais cela n’avait pas démarré ainsi. J’ai rencontré le metteur en scène, mari de Yumi, j’ai discuté avec lui, et il a compris que je devais être au centre du spectacle. Mais avant cela, j’ai dû faire une improvisation sous ses yeux dans une piscine de Tokyo, en novembre 2006. Il pensait que j’avais préparé quelque chose et s’est montré très étonné en apprenant que cela n’était pas le cas.

Pour le spectacle en lui-même, autour du thème de l’air, de l’eau et de la terre, j’ai moi-même monté tout ce que j’y ai fait, comme par exemple faire mon entrée en scène suspendue à un cerceau en descendant de 18m de haut dans l'eau. Pour vous faire une idée, Shangri La III était un peu dans l’esprit de ce que réalise le Cirque du Soleil, spectaculaire, avec les artistes du cirque Makarov de Moscou et une autre nageuse synchro multi médaillée olympique avec qui je faisais un duo, Mihio Takeda, le tout avec un orchestre et les chansons de Yumi. Nous avons donné 40 shows sur six villes, en trois mois de tournée. J’ai pour finir, en septembre, tourné dans le clip vidéo du dernier single de Yumi. Je suis rentrée en France le 20.

Vous quittez définitivement le monde de l’eau ?
Non. Pour l’instant, je monte ma propre structure d’architecture en intérieur et design. J’ai plein de projets. Et déjà des propositions. Mais je reste proche de mon sport, j’ai toujours mon association "Synchro Camp", j’organise des stages pour les jeunes. Et je reste en contact avec l’Equipe de France, avec mon club aussi. Je suis toujours prête à monter des chorégraphies, j’ai encore plein d’idées. Je suis disponible…

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