Conversation avec... Astrid Guyart, secrétaire générale adjointe du CNOSF

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©CNOSF/KMSP

Médaillée d'argent en fleuret par équipes dames aux Jeux Olympiques de Tokyo, point final de sa carrière sportive, l'ingénieure aérospatiale Astrid Guyart a toujours été engagée au service du sport français.

Aujourd'hui co-présidente de la commission des athlètes de haut-niveau et membre du Bureau exécutif du CNOSF au sein de l'équipe de Brigitte Henriques au poste de secrétaire générale adjointe, Astrid Guyart évoque pour nous le passé, le présent et le futur.

Vous revenez tout juste des Jeux de Tokyo avec la médaille d'argent du fleuret par équipes autour du cou, à vos quatrièmes Jeux. Racontez-nous…

Forcément, c'est l'aboutissement d'une carrière, c'est un aboutissement personnel. Depuis toute petite, je rêvais d'une médaille olympique. Ça fait plus de 10 ans que je coure après, et 37 ans que le fleuret féminin français attendait ça.
C'est une arme qui n'a pas toujours été valorisée, et je m'étais promis, depuis ma première sélection en équipe de France junior, que je serais médaillée un jour et que le fleuret dames français ferait partie des meilleures mondiales.
C'est vrai que revenir de mes quatrièmes Jeux Olympiques, pour ma toute dernière compétition, avec cette médaille d'argent, c'est tout un symbole. Ça vient valider tout le travail, tout l'investissement qui ont été réalisés. Quand je dis ça, je ne parle pas seulement des quatre qui étaient sur la piste, il y a les centaines de fleurettistes dames qui ont contribué à construire patiemment cette médaille depuis plus de vingt ans, je pense aux coaches qui nous accompagnent, mais aussi à toutes les partenaires d'entraînement, à toutes les fleurettistes que j'ai croisées au cours de ma carrière, et qui ont permis que nous les représentions sur le podium olympique.

En 2017, Brice Guyart remettait l'ordre national du mérite à Astrid - Crédit FFE

Votre frère, Brice Guyart, champion olympique à Athènes, en 2004, était dans la cabine de commentateurs, vous a-t-il soutenue, vous êtes-vous vus après la finale ?

Nous ne nous sommes pas vus les journées précédant le fleuret dames par équipes. C'est la magie des Jeux Olympiques : avec l’équipe, nous sommes restées entre nous, dans notre bulle, dans notre cohésion et notre solidarité. Mais je l'ai bien sûr vu après, puisqu'il est celui qui nous a posé les premières questions en zone mixte ! Il était ému, parce qu'il sait tout ce que cela représente comme travail. Il connaît mon parcours, il connaît les doutes, les moments de bas, les retours d'opérations, l'histoire de mon arme.
Quand on était fleurettiste homme à son âge et que l'on participait aux Jeux, prétendre devenir médaillé ou champion olympique, c'était quasiment une évidence. Quand on commence sa carrière au fleuret dames et que votre arme n'est même pas qualifiée aux Jeux Olympiques, la façon de se projeter vers la médaille, ne relève pas du tout du même cheminement et il en a forcément conscience. Il sait ce que cela représente pour moi à titre personnel. Nous nous sommes bien sûr tombés dans les bras !

C'est la magie des Jeux Olympiques : avec l’équipe, nous sommes restées entre nous, dans notre bulle, dans notre cohésion et notre solidarité.

À côté de votre carrière sportive, pouvez-vous évoquer votre parcours professionnel ?

Je suis ingénieure aérospatiale depuis 2006. J'ai fait des études spécialisées en aéronautique et aérospatial et j'ai très vite intégré le groupe Airbus dans ses filiales spatiales, qui a pris depuis le nom d'Arianegroup. Je suis passée par plusieurs postes. A mes débuts, j'étais ingénieure bureau d'études chargée de concevoir et de dimensionner les lanceurs spatiaux du futur. C’est ce qu’on appelle les avant-projets. C'était enthousiasmant car nous étions sur des projets innovants comme des chasseurs de débris spatiaux, des modules de service pour aller sur Mars ou la future version du lanceur européen (Ariane 6) qui décollera de la base de Kourou courant 2022. C'était stimulant intellectuellement car pour pouvoir faire décoller et mener à bon poste une fusée, c’est un optimum global à trouver entre plusieurs disciplines techniques qui ont chacune leurs contraintes.

Photo DR

Après les Jeux de Londres 2012, je suis ensuite passée sur des postes un peu plus transverses, parce qu'avec mon double projet sportif et professionnel à mener, j'avais besoin d'un peu plus de flexibilité dans mon agenda. Le risque du double projet lorsqu'on s'insère dans une équipe projet opérationnelle c’est que vos absences pénalisent l’équipe et que le projet prenne du retard. Ma mission était d’accompagner les projets dans leur efficience opérationnelle. J'étais sur de la conduite du changement, du "lean engineering" et du "lean manufacturing", c’est-à-dire qu’il s’agissait d’optimiser les process d'ingénierie ou de production de manière à concevoir et produire plus rapidement et avec le meilleur niveau de qualité possible le véhicule spatial le plus performant et le moins cher. Ce sont des méthodes d'amélioration continue et surtout beaucoup de bon sens. J'étais donc en appui des équipes opérationnelles, ce qui me permettait d'être plus flexible dans mon emploi du temps, beaucoup plus compatible avec le projet sportif.

Au retour des Jeux de Rio 2016, j’ai connu ma troisième évolution dans le management, puisque j'ai mené une équipe d'ingénieurs, de techniciens et d'experts au sein d'un laboratoire qui avait pour mission de maturer et de développer des matériaux et des procédés métalliques (comme l'impression 3D) et d’en faire un atout technologique pour les lanceurs européens Ariane 5 et Ariane 6. Je suis restée à ce poste jusqu'à mon détachement pour préparer les Jeux de Tokyo. Aujourd'hui, j'ai décroché mon étoile !

Rendre encore plus sportive la société française...

Votre parcours, c'est également un fort engagement associatif qui vous mène au poste de secrétaire générale adjointe du CNOSF…

C'est très clairement un honneur d'avoir été pressentie puis choisie pour ce poste de secrétaire générale adjointe. Je suis engagée depuis longtemps au sein du mouvement sportif. Principalement, jusqu'ici, c'était au sein de la commission des athlètes de haut niveau du CNOSF, de la commission des athlètes de Paris 2024, de celle de ma fédération, et de celle de l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD).
J'ai toujours eu à cœur de m'engager et de participer de manière constructive à faire évoluer le système du sport français afin que cela profite à tous, les institutions, les athlètes et la population française, parce que faire en sorte que le plus grand nombre de Français pratiquent une activité sportive régulière, c'est vraiment un enjeu fort, surtout quand on sort de la période de crise sanitaire que nous avons connue. Nous l'avons bien vu au moment du confinement : la pratique sportive était essentielle à tous niveaux, d'un point vue santé, mais également pour le bien-être psychique et cognitif. Ce sont des choses qui me tiennent à cœur.

Quels sont vos objectifs à ce poste ?

Avec Sylvie Le Maux, Brigitte Henriques et Bruno Gares - ©FFE

Il s’agit de mettre en œuvre le programme pour lequel la présidente Brigitte Henriques et toute l’équipe ont été élus. Dans ce cadre, je souhaite être, aux côtés du Secrétaire général, une facilitatrice, une courroie de transmission pour faire le lien entre le politique et l’opérationnel. Mon rôle sera d’être à l’écoute des fédérations afin que le CNOSF soit réactif à leurs côtés tout en anticipant les enjeux à venir. J'aurai également à cœur de remettre les athlètes au cœur du projet olympique.
Le rayonnement du sport français passe évidemment par eux et ils peuvent donc être davantage associés aux décisions. Il faut gommer la distance entre les instances et leurs athlètes, chacun pouvant s’appuyer sur l’autre, ne serait-ce que pour préparer les Jeux de Paris 2024 qui vont arriver très vite.

J'ai toujours eu à cœur de m'engager et de participer de manière constructive à faire évoluer le système du sport français afin que cela profite à tous...

Vous allez travailler avec le secrétaire général Didier Seminet, comment envisagez-vous cette collaboration ?

La répartition des thématiques, des missions, de toute la gouvernance est en train d'être travaillée, co-construite, et il est évident que la méthode Brigitte Henriques va nous guider au cours de ce mandat. Il y aura un véritable travail collectif avec les fédérations avec beaucoup de concertations et d’échanges. Nous sommes l'équipe de France des fédérations ! Cela va donc bien au-delà des athlètes, cela concerne évidemment les fédérations au travers de tous leurs licenciés car le but est de remettre le licencié au cœur de nos réflexions.

Astrid Guyart est également auteure de livres pour enfants

Allez vous conserver vos autres casquettes au sein du mouvement sportif ?

La particularité de la demande que m'a adressée Brigitte Henriques, c'est d'être secrétaire générale adjointe du CNOSF, mais également de représenter les athlètes au sein du Bureau exécutif. Je reste donc en parallèle toujours co-présidente de la Commission des athlètes de haut-niveau du CNOSF et membre de la Commission des athlètes de Paris 2024. Je vais en revanche démissionner de celle de la Fédération française d'escrime puisque nous avons décidé dans les statuts qu'il ne s'agirait que d'athlètes en activité. Comme vu avec eux, je ne coprésiderai plus le Comité des Sportifs de l'AFLD mais je continuerai à participer à ses réflexions, comme représentante des athlètes au Bureau exécutif du CNOSF. Il est éminemment important de garder du lien avec toutes les institutions sportives.

Quel avenir voyez-vous pour l'escrime, la plus grosse pourvoyeuse de médailles françaises dans l'histoire des Jeux ?

C'est qui est certain, c'est que la campagne olympique de Tokyo 2020 est très positive. On avait gagné trois médailles à Rio. Nous en sommes à cinq à Tokyo. On sent un collectif fort, il y a trois médailles par équipes sur quatre formations engagées. Je pense que cette solidarité, cette cohésion, cette envie de vivre ensemble que nous avons ressenti tout au long de notre préparation pour les Jeux de Tokyo, cela va rester, jusqu'à Paris 2024. Nous sommes dans une super dynamique et j'espère que nous aurons donné envie à des jeunes et à des moins jeunes de pratiquer du sport, et surtout de pousser la porte d'un club d'escrime. C'est aussi le but des Jeux olympiques : inspirer, susciter des vocations. J'espère que cette dynamique que nous avons vécue à Tokyo, on la retrouvera également dans les clubs à la rentrée de septembre.

Astrid Guyart engagée de la première heure pour Paris 2024

Dans trois ans, Paris 2024, un objectif majeur ?

Absolument. Ces Jeux à la maison doivent être une force. Il faut permettre aux athlètes français d'être les plus performants possible tout en profitant de ce qu'on appelle le "home advantage". À nous de réfléchir à cela, pour qu'évoluer à la maison ne soit pas une pression supplémentaire mais, au contraire, un avantage majeur.
Il reste trois ans pour insuffler cela avec l'ensemble des parties prenantes, je pense notamment à l'Agence Nationale du Sport qui est en charge des sujets liés à la haute performance, mais également à l'INSEP, qui sera une formidable base arrière pour toute l'équipe de France olympique.
Mon but, c'est que les athlètes français qui participeront aux Jeux de 2024 soient dans les meilleures conditions pour s'entraîner et préparer cette échéance ; et que, pendant les Jeux, ils aient aussi ce petit plus qui peut faire notre plus grand bonheur.

La notion d'héritage est également centrale…

L’héritage est un enjeu très fort qui va bien au-delà de la performance sportive, même s’il est certain que les médailles françaises obtenues à la maison en 2024 seront aussi un appel d’air vers nos clubs en termes de pratiquants. L'héritage touche à la population française dans son ensemble sur des thématiques très fortes, comme l'éducation, la santé, l'inclusion, la diversité, comme le fait d'avoir davantage de pratiquants et d'infrastructures sportives. Il doit par ailleurs vivre au-delà de 2024, lorsque les projecteurs s'éteindront sur les stades. Le but est vraiment de faire en sorte qu'il en reste quelque chose sur le long terme pour la population française en termes de pratique sportive. On doit encore pouvoir ressentir l’élan des Jeux à Paris en 2034, en 2044, au sein de la société française.

©CNOSF/KMSP

Vous avez disputé votre dernier assaut le 29 juillet 2021 en finale olympique face aux athlètes russes. Quel est votre sentiment au moment de laisser votre carrière sportive derrière vous ?

Heureusement je n’y ai pas pensé sur le moment ! Quand on pense à la fin de sa carrière sportive, on peut avoir de la nostalgie, on peut craindre l'après, et cela n'aide pas à être performant. Il faut être dans l'instant présent, ici et maintenant, concentré avec son adversaire, ancré sur sa piste. En revanche, une fois que l'on est sur le podium, on fait le bilan, on repense au parcours et cela donne de l'émotion. On se dit : "voilà tout le chemin parcouru", "voilà tout ce que j'ai vécu pour être sur ce podium olympique". C'est un moment très fort entre athlètes, nous nous sommes remis les médailles entre nous, mes coéquipières m'ont remis la mienne, nous nous sommes serrées très fort dans les bras, nous n'avons même pas eu besoin de parler. Juste un regard, parce que nous avons vécu toute cette aventure ensemble depuis des années. On ressent l'immense respect, la bienveillance, l'humanité que cette équipe dégage. Ce sont des moments très forts. C'est après, sur le podium qu'on pense à des choses souvent très personnelles, mais tant que vous êtes sur la piste, vous êtes totalement concentrée avec votre adversaire !

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