Simon Delestre : "Ne faire qu'un avec le cheval"

Interview
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Le Saut Hermès 2016 aura lieu du vendredi 18 au dimanche 20 mars. L’élite mondiale du saut d’obstacles se retrouvera au Grand Palais pour participer à une compétition de niveau 5 étoiles, classification la plus élevée de la Fédération équestre internationale. Simon Delestre, actuel numéro 1 mondial de la discipline sera un des cavaliers tricolores à suivre de près. Entretien...

Quels sont tes objectifs sur cette compétition au cadre exceptionnel ?
L’objectif sera de bien figurer sur le Grand Prix, de terminer dans les places d’honneur. Pour nous, Français, ça sera devant notre public, donc il y aura forcément une saveur un peu particulière et puis l’endroit est magnifique, c’est un lieu formidable au centre de Paris où l’on se rend toujours avec grand plaisir. Ce site du Grand Palais a d'ailleurs été retenu par la candidature de Paris 2024 pour accueillir des compétitions olympiques.

Quelle va être ta préparation en vue des Jeux Olympiques de Rio ?
En ce qui me concerne, j'ai deux chevaux, Qlassic Bois Margot et Hermès Ryan, qui ont tous les deux une grande chance d’aller aux Jeux. On va les préparer de façon similaire et on fera le choix au dernier moment en fonction du cheval qui sera le plus en forme. Ces deux chevaux ont tous les deux déjà concouru dans un grand championnat et ont tous les deux remporté une médaille. Ils ont l'âge parfait pour concourir aux Jeux.

A haut niveau, quelles spécificités peut-on trouver lors de l'entrainement d’un cheval ?
Sur ce type de cheval, le travail a déjà été fait en amont. Ce sont des chevaux qui connaissent leur métier et qui ont énormément d’expérience du haut niveau. Aujourd’hui, la chose facile à dire, mais difficile à faire, est de réussir à les maintenir dans leur état de forme actuel. Il ne faut en faire ni trop, ni trop peu. Comme pour tout sportif de haut niveau, il y a toujours cette crainte du petit pépin physique inattendu. On va devoir faire une vraie gestion de l’imprévu, car il y en aura. Avec les chevaux, on a toujours une idée du programme, mais on est souvent obligé de le réadapter en fonction de l’état de forme ou d’un petit souci physique. Nous allons devoir minimiser les risques de blessures tout en continuant de faire tourner les chevaux, qui ont besoin de participer à des concours pour garder une forme optimale. Il faudra être prudent et réussir à les amener à 100% pour le jour J.

Quand je suis sur Qlassic ou Ryan, il n’y a qu’un seul athlète...

Y a-t-il un des deux chevaux que tu souhaiterais voir plus en forme que l’autre au moment du choix pour les Jeux de Rio ?
Aujourd’hui, non. Sur toutes les dernières échéances, les deux chevaux se sont comportés de manière remarquable et m’ont permis d’être numéro 1 mondial ! Ils ont un taux de réussite extraordinaire ! Maintenant, on va avancer dans la saison et peut-être que l’un des deux peut connaître une baisse de forme. A ce moment-là, le choix se fera facilement. Si les deux sont à 100%, on s’en remettra au choix du sélectionneur.

Cette place de n°1 mondial, tu la dois à cette régularité des deux chevaux et du couple que tu formes avec chacun d’eux ?
Oui, tout à fait ! Je la dois à une grande régularité et à un taux de réussite de ces deux chevaux dans les épreuves majeures. C'est ce qui m’a permis d’accéder à ce rang de numéro 1. J’ai également un 3e cheval, Chesall, qui a un peu moins d’expérience, mais qui a également contribué à ces excellents résultats. Pour schématiser, Qlassic et Ryan ont environ 1 000 points chacun, tandis que Chesall en a 800. Ils ont tous les trois eu un pourcentage de réussite extraordinaire.

En dehors du taux de réussite excellent de ces trois chevaux, est-ce qu’il y a quelque chose qui a changé de ton côté, comme par exemple la confiance ou la préparation ?
Non, je n’ai pas changé de système, c’est quelque chose que l’on a bâti au fil des années, probablement en 10 ans avec des gens très compétents autour de moi en qui j’ai une totale confiance. On a construit les chevaux sur des années. Pour Qlassic et Ryan, ça a pris environ 5 saisons pour les amener à ce niveau-là. Chesall est arrivé un peu plus vite, mais aujourd’hui il n’a pas encore l’expérience des deux autres. Il a vraiment rattrapé son retard de manière spectaculaire. Maintenant, il peut encore se faire avoir sur des configurations qu’il ne connait pas, contrairement à Qlassic et Ryan, qui ont sauté dans toutes les configurations possible et dans les plus grands concours mondiaux. Aujourd’hui, il suffit de les emmener dans les concours dans de bonnes conditions. Je les connais par cœur, et je sais très bien de quelle façon il faut les amener en compétition pour qu’ils soient performants.

Dans tes propos, il y a une vraie relation perceptible entre tes chevaux et toi…
Aujourd’hui, lorsque je suis sur Qlassic ou Ryan, on arrive à ne faire qu’un. Parvenir à se comprendre et se connaître de façon parfaite, permet d’atteindre ce niveau-là. Un cheval comme Chesall ne se livre pas encore de la même manière, on le découvre encore. Quand je suis sur Qlassic ou Ryan, il n’y a qu’un seul athlète. Quand je pense à quelque chose, ils réagissent directement. Le fait de mettre un peu plus de poids sur l’étrier à droite les font tourner directement à droite. Quand vous pensez à bouger votre jambe, le cheval bouge directement. On a atteint un véritable niveau d’osmose et de fusion qui nous a amené à ces résultats.

Tu as cette expérience des Jeux Olympiques, qu’est-ce qui les différencie des autres grandes compétitions ?
Aux Jeux, il y a déjà le barème qui est différent. Contrairement aux autres championnats, on repart tous à zéro le dimanche et il y a deux parcours. C’est différent des autres compétitions, où l’on accumule les points et les fautes de temps par exemple. Aux Jeux, si on se qualifie pour la finale, on repart tous à zéro, donc ça se joue encore plus sur des détails. Concernant les parcours, ils sont assez habituels. La pression sera plus élevée, mais nos chevaux sont entraînés pour ça. Après, le fait d’avoir de nombreux autres sports aux Jeux, c’est aussi une différence. On va se mettre à suivre des sports que l’on n’a pas l’habitude de regarder. On va supporter les autres athlètes français. Dans la tête des gens, les Jeux ont une dimension qui est énorme !

Après avoir atteint la place de numéro 1 mondial, remporter l’or aux Jeux est-il devenu un objectif ultime ?
Si l’on interroge la plupart des cavaliers, je pense qu’ils diront qu’atteindre la première place mondiale au moins une fois dans une carrière est quelque chose d’exceptionnel. On en rêve tous un jour je pense. Et bien sûr, il y a remporter les Jeux Olympiques. Ce sont deux choses très différentes, mais qui ont toutes les deux une saveur et une grandeur énorme dans notre sport.

Former un cheval est un perpétuel recommencement et chaque cheval est une nouvelle histoire passionnante, avec ses difficultés, ses joies, ses espérances, ses échecs…

Du coup, si tu réalisais ces deux exploits en 2016, quels seraient tes objectifs futurs ?
Ce qui est passionnant dans notre sport, c’est qu’aujourd’hui j’ai ces deux chevaux, avec lesquels je suis en fusion complète. La carrière d’un cheval est d’environ 8 ans maximum au plus haut niveau, quand celle des cavaliers est beaucoup plus longue. Donc, reformer des chevaux pour se maintenir, revenir au meilleur niveau est une vraie motivation. Pour revenir sur Paris 2024, on sait très bien que si j’ai une chance de participer aux Jeux en 2024, il est inenvisageable que ce soit avec ces deux chevaux là. Donc, si l’on se projette sur 2024, et ce serait évidemment exceptionnel de faire les Jeux à Paris, il faut dès aujourd’hui commencer à chercher le cheval qui pourra m’y emmener. Former un cheval est un perpétuel recommencement et chaque cheval est une nouvelle histoire passionnante, avec ses difficultés, ses joies, ses espérances, ses échecs… la construction d’un cheval, c’est passionnant !

Concernant la candidature de Paris 2024 justement, le site choisi pour l’équitation serait le Château de Versailles…ça fait rêver ?
Oui bien sûr, c’est également un cadre extraordinaire ! En tant que Français, nous avons déjà vécu les Jeux équestres mondiaux à Caen. Revivre un événement comme les Jeux à Paris, ça serait phénoménal, extraordinaire ! Entrer dans le stade avec une telle ferveur nous donne déjà la chair de poule. A Londres, c’était vraiment du délire, un grand moment. J’imagine qu’à Versailles l’émotion serait au moins aussi grande !

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