Tatiana Debien, boursière olympique

Interview
Tatiana Debien, officiellement boursière olympique
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La Solidarité Olympique est désormais une institution majeure du Mouvement Olympique, chargée d'administrer et de gérer la distribution des droits de télévision des Jeux Olympiques auprès des CNO. Elle développe auprès d’eux des programmes spécifiques d'assistance technique et financière et les soutient dans le développement du sport. La Solidarité Olympique bénéficie de 19 programmes, dont 5 dédiés aux athlètes. Ces derniers concernent les jeunes, les athlètes de niveau continental et les boursiers olympiques, en préparation pour les Jeux olympiques - y compris les équipes.

La lutte comme une évidence

Tatiana Debien, Française d’origine russe de 23 ans, est lutteuse en équipe de France. Parallèlement, elle suit des cours de STAPS et a passé le concours de professeurs des écoles, qu'elle a réussi avec brio. Médaillée en cadette et en junior aux championnats d’Europe, elle a gagné plusieurs grandes compétitions et un championnat en seniors. Son objectif : les Jeux et une médaille olympique. La bourse de la Solidarité Olympique va l’aider à mener à bien son projet jusqu’à Rio en 2016.

La lutte véhicule des valeurs comme la détermination, la persévérance

Née en Russie, ses parents ont émigrés en France aux début des années 2000, en tant que réfugiés politiques et ont été naturalisé en 2008, « l’année où j’intègre vraiment l’équipe de France » explique-t-elle, « c’est la nationalité qui me bloquait un peu et c’est l’année où je fais ma première médaille pour la France chez les cadettes en championnats d’Europe ». Elle arrive à l’âge de deux ans dans l'Hexagone sans parler le Français. Une situation qui n’a pas été facile malgré un apprentissage rapide : « je passais toutes mes journées à l’école au fond de la classe avec un livre, et je faisais ça tous les jours, toute l’année ». La lutte n’est également pas étrangère à la maitrise de cette langue : « il y a des gens qui sont un peu surpris mais la lutte n’est pas seulement un sport qui permet d’être bien dans son corps, d’être fort et performant. Elle transmet également certaines valeurs qui me servent dans la vie. La lutte véhicule des valeurs comme la détermination, la persévérance, qui nous servent énormément dans la vie quotidienne et notamment pour moi dans l’apprentissage du Français ».

La lutte n’est pas une histoire de famille pour Tatiana mais plus d’origine : « En Russie c’est un sport super connu. Comme j’étais un enfant plein d’énergie, j’ai fait un sport que tout le monde faisait, dont mes amis. Ça m’a plus et je suis restée ». Sa passion l’amène à intégrer l’INSEP en 2009, quand elle était junior. Une transition naturelle même si le début a été un peu difficile : « avant je m’entrainais en club » poursuit-elle, « des cours toute la journée les cours et un seul entrainement par jour. Mon arrivée à l’INSEP a été un peu difficile avec la charge d’entrainement je l’avoue. Je me suis rapidement habituée et j’ai pris le rythme. Aujourd’hui je le garde et ça ne me pose aucun problème ».

La bourse comme un soulagement

La bourse, elle en prend connaissance par sa fédération, qui s’est occupée de toutes les démarches. Les raisons sont avant tout financières : « La lutte ça paye très peu. C’est très difficile. Mon club formateur m’a proposé de changer de club pour gagner un peu plus d’argent. J’ai toujours refusé. Malheureusement, j’étais à une dizaine d’euros près pour payer l’INSEP et mes factures obligatoires… La fédération met beaucoup de choses en place pour aider ses sportifs. Ils m’avaient ainsi proposé de faire une demande pour cette bourse, dont l'intérêt m’a été expliqué très brièvement. J’ai bien sur accepté, surtout dans l'idée de bien préparer les Jeux, mon objectif prioritaire. Au mieux, ma demande était acceptée, au pire j’en restais au même stade. J’ai fait confiance à ma fédération. J’ai rempli les dossiers, j’ai fourni les pièces nécessaires et eux ont fait le reste. Un jour ils m’ont annoncé que mon dossier avait été retenu » se réjouit-elle.

J’ai fait confiance à ma fédération

Cette bourse est une chance pour Tatiana, qui précise ce qui va évoluer dans son quotidien : « Pour moi ça change pas mal de choses. Le premier point important, c’est que l’on me fait confiance, on croit en moi. J’aurai un soutien qui ne sera pas que financier. Je sais que beaucoup de monde compte sur moi pour la qualification et la médaille. Et au niveau financier, ça va m’aider à vivre tout simplement. J’ai eu le concours de professeurs des écoles cette année alors que je ne m’attendais pas à être reçue. Je voulais le passer, pour voir. Et je l'ai eu. La bourse me permet de couvrir la pension à l’INSEP, les déplacements, d'aller manger de temps en temps dehors. C’est mon salaire en réalité, car à part cette bourse, je n'ai pas grands choses d'autres, à peine quelques centaines d’euros par mois ».

Ça va m’aider à vivre tout simplement

Elle perçoit ainsi son avenir plus sereinement même si sa charge de travail est conséquente depuis l’obtention du professorat. Tatiana doit faire une année de stage, comme tout le monde, avant d’être titularisée. Un poste à mi-temps avec des cours à la fac en parallèle. Cet aspect pose un problème pour Tatiana, obligée d’aller travailler et donc de manquer des entrainements : « La plupart du temps, la préparation n’est pas telle qu’on l’a voudrait, telle qu’elle devrait être pour performer » regrette-elle. « Pour l’instant, c’est difficile mais c’est en cours d’aménagement. J’espère que l’on pourra adapter l'emploi du temps un minimum afin que je puisse m’entrainer au mieux. Si le ministère autorise à ce que je fasse mon année sur deux ans, ça m’allègerait aussi. Ça me permettrait de travailler moins au niveau professionnel et plus au niveau de la lutte ». Car Tatiana est clair, son objectif est avant tout la lutte : « la lutte, c’est comme un travail pour moi et ça reste ma priorité, mais je veux suivre un double projet. Ça va certes durer plus longtemps mais je tiens à le faire. C’est aussi un équilibre dans ma vie ».

L’obtention de cette bourse est également symbolique pour Tatiana qui succède à Anna Gomis. Une reprise de flambeau qui lui tient particulièrement à cœur : « je suis très contente d’avoir eu la bourse et plus encore après Anna Gomis. Durant mes dernières années juniors, j’étais à deux doigts de réussir à la battre, juste avant les Jeux de Londres. Anna c’était ma rivale, on luttait dans la même catégorie et je voulais faire les qualifications à sa place en 2012 ». Cette rivalité est accompagnée d’une belle complicité qu’elle nous raconte pour conclure : « au niveau personnel, Anna c’était ma meilleure amie chez les seniors, et malgré le fait que ce soit ma concurrente, je voulais la battre absolument. C’est une fille qui m’a beaucoup appris et pas seulement dans la lutte mais dans ma vie personnelle aussi. Anna c’est quelqu’un de très particulier, et je pense que le charme qu’elle a c’est sa personnalité. Sans parler de son grand palmarès de lutteuse ».

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