Anthony Terras, chasseur de rêves...

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Le "minot" aux yeux pleins d'étoiles

Au bout du suspens, Anthony Terras a remporté, le 16 août 2008 à Pékin, une médaille de bronze du Skeet olympique moins médiatisée que celles de l’Equipe de France de handball ou d’Alain Bernard en natation. Si, à 23 ans, il vit sa première Semaine du Sport Olympique Français, le Marseillais connaissait là ses seconds Jeux olympiques après ceux d’Athènes 2004. Retour sur un parcours de surdoué.

Son père est moniteur de tir dans la police, amateur d’armes à feu et, jusqu’à peu, chasseur. Une prédisposition direz-vous ? Sans doute. Anthony Terras n’a pourtant découvert le tir qu’à l’âge de 13 ans. Il n’est pas particulièrement passionné par les armes. Et son talent dépasse toute hérédité.

Si le fusil à plomb du grand-père avait occupé nombre d’après-midi de l’enfant, tout débute réellement pour Anthony en 1999, lors d’une randonnée avec ses parents. Des coups de feu au loin intriguent. Chasse ? Non, Ball-trap. L’adolescent découvre sa passion. Son entourage découvre une prédisposition géniale. Un don qui fait appel à une précision surprenante pour «le minot », également surnommé « Tête fraiche » ou « Gaston Lagaffe », plus réputé pour être étourdi et maladroit que doué d’une dextérité hors norme.

Après avoir hésité entre deux structures pendant six mois, Anthony se pose finalement à Aix, son club depuis bientôt 10 ans. Son talent se révèle de suite. A 13 ans et demi, à l’appui de deux sur-classements, il finit premier du championnat de France des moins de 21 ans. Un an après, en 2000, il prend la couronne européenne. Les titres se succèdent et Anthony devient un phénomène qui intrigue les passionnés : « J’étais attendu en France, pas encore à l’international. Mais lors des compétitions nationales, les gens viennent voir ceux qui ont déjà obtenu des résultats internationaux et on n’est pas forcément nombreux, surtout aussi jeunes ».

« Toujours mieux faire »

La médaille olympique, une récompense pour des années de travail

A 19 ans, Anthony participe à ses premiers Jeux olympiques : « Dès le tout début, à 13 ans, je rêvais d’aller aux JO. J’ai pu réaliser ce rêve à Athènes, en 2004. Je me suis arrêté à un plateau de la finale, mais j’avais connu les Jeux ! ». Participer n’est cependant pas un aboutissement. Anthony est gourmand et a la passion en lui. Son credo, « toujours mieux faire ». En mai 2005, il rejoint la gendarmerie nationale avec un régime adapté. Le mois suivant, il décroche le titre mondial et justifie ainsi la confiance placée en lui.

L’année 2006 constitue cependant un tournant. Il passe alors en catégorie senior et débute un nouveau challenge : « j’avais tout gagné jusqu’à 2006. A chaque saison j’avais terminé avec soit un titre européen, soit un titre mondial ». Las, cette première année est vierge de tout titre, y compris national. Les contreperformances s’enchainent Anthony est terrassé. Il commence à douter. Mais le Marseillais si rayonnant de joie de vivre ne se laisse pas abattre en plein vol. « Je me suis repris en 2007, avec notamment en un très bon début de saison. Et puis là 2008… c’est une superbe année ! ». A Pékin, Anthony décroche en toute discrétion la médaille de bronze, en mort subite face au Chypriote Antonis Nikolaidis.

Rechercher les conditions les plus extrêmes

Pour en arriver à cette consécration olympique, le talent n’a pas suffi. « Pour moi, cette compétition était commencée depuis plus d’un an. Dès 2007, mon objectif, c’était la Chine. Quand il faisait 120 km/h, que j’allais tirer sous la pluie, sous la neige, en plein cagnard, c’est à Pékin que je pensais. Je recherchais les conditions les plus extrêmes pour être prêt si je devais les retrouver en compétition. Je voulais être capable de me dire « je sais faire » en cas de facteurs négatifs, ne pas me laisser déconcentrer ».

Décrocher la médaille, objectif atteint

Le prix de ce travail ? La solitude. « La plupart du temps je tire seul. Ce sport est peu pratiqué et il l’est encore moins dans ma région. Mais autant c’est un sport individuel, autant la présence d’un partenaire est vraiment appréciable. Pour la compagnie, la motivation, l'émulation. Aux Etats-Unis ou en Italie, la discipline est mieux diffusée et les tireurs s’entrainent en groupe. En France ce n’est pas encore le cas malgré quelques stages collectifs ».

Cet isolement Anthony s’en est accommodé tant bien que mal. Il s’y est fait et l’a même maintenu aux Jeux olympiques : « A Athènes, on s’occupait de moi, j’avais quelqu’un qui m’accompagnait. A Pékin, je me suis géré seul. En fait, j’ai appelé mes parents pour dire que j’étais bien arrivé et après j’ai coupé tout contact, pas de coup de fil, rien. Ce n’était pas vraiment calculé, je l’ai fait comme ça, je me suis mis dans ma bulle jusqu’au jour de la compétition ». La mort subite avec une égalité à 144 plateaux sur 150, une erreur près d’être fatale et la délivrance en bronze : « Cette médaille était… espérée, pas attendue ou surprise, mais espérée ».

Immédiatement bien sûr, on rallume le téléphone et une première pensée aux parents : « En vérité, j’étais plus content de ramener la médaille pour eux que pour moi-même. Mes parents sont restés deux ans sans rien faire avant que je trouve un sponsor. Pas de vacances, beaucoup de sacrifices. Bien sûr, je suis fier de moi au fond, mais sans eux… ».
Le minot entre alors dans un tourbillon bien éloigné de la découverte en douceur faite à Athènes : « l’ambiance était vraiment différente parce qu’à partir du moment où tu fais une médaille, les gens s’intéressent à toi ».

Ainsi au retour de Chine : « j’ai des amis qui sont venus me chercher à l’aéroport avec ma famille bien sûr. Le soir on a diné dans un restaurant que je fréquente un peu et les gens m’ont reconnu, sont venus vers moi. C’est agréable de se rendre compte qu’on a touché les autres, mais il y a ceux qui viennent parce qu’ils te connaissent et d’autres uniquement parce qu’il y a eu une médaille. Ceux qui te critiquaient quand tu étais au creux de la vague, ceux qui ne croyaient pas en toi et qui d’un coup te trouvent génial ». La rançon de la gloire.

«Retrouver tout le monde»

Cet aspect un peu désagréable mis à part, la médaille a ouvert certaines portes. Ainsi Anthony, chasseur dans l’âme, a-t-il été invité à des chasses jusqu’alors pas accessibles. Lui qui n’aime pas la chasse posée et n’a qu’assez peu fréquenté les palombières évoque ainsi avec des étoiles dans les yeux, la chasse présidentielle, une chasse au faisan vénéré, si rare, si difficile, la longue queue de l’animal exigeant d’être particulièrement vigilant dans son avance. Le minot, qui vit dans une région limitée pour la chasse, plus habitué aux perdreaux et aux grives provençales, voire aux grives saoules des vignobles du Roussillon, a apprécié.

Autre découverte, la Semaine du Sport Olympique Français, une semaine « impeccable », qui « passe trop vite ». Un moment pour « retrouver tout le monde » : « on se connaissait, mais on avait trop peu l’occasion de se parler. Là on n’a pas la compétition et on est plus disponibles. On se rend compte par exemple qu’on ne connait pas trop la difficulté de chaque sport. Les rameurs par exemple avec lesquels j’ai bien sympathisé. Avant, pour moi, l’important dans l’aviron c’était les épaules. En fait, c’est plus au niveau des jambes et du dos que ça se joue. Bref, on a plein d’a priori que la découverte de l’autre permet de faire tomber. Moi par exemple, ma discipline est peu médiatisée et les gens sont curieux ».

Espérons donc qu'Anthony multipliera les podiums européens, mondiaux ou olympiques, qu'il puisse expliquer longtemps encore une discipline qu'il représente si bien. Ouvert et enjoué, Anthony est également apparu comme un élément fédérateur pour cette Equipe de France olympique. Véritable chasseur de rêve, il met désormais Londres 2012, ses troisièmes Jeux, comme objectif prioritaire. Il n'aura alors que 27 ans.

Le Mag' des Bleus | Semaine olympique

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